Dakar, chemins de traverse
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Documentaire
Dakar, chemins de traverse

Les images filent, dialoguent, s’entrechoquent, s’opposent. Ces brèves visuelles sont des fragments d’une rencontre avec un pays, une ville, un quartier, une famille. Un expérience subjective du détour, tissée sur plusieurs années où le lointain s’est révélé plus proche qu’imaginé.

 

[EN COURS D’ÉDITION]

 

De cette expérience, ce que je retiens, c’est au plus un questionnement éclairé sur la réalité quotidienne de Dakar. Plus que des réponses objectives sur l’Afrique des citadins, ces années d’écoute, d’observation et d’écriture m’ont ouvert l’esprit sur la polysémie de l’expérience du vécu.
Elles m’ont aussi appris que le renoncement faisait partie de toute tentative de dévoilement de l’autre. Le réel déborde en richesse et en complexité du cadre restreint de ce que je vois. Une infinité de choses ont surpassé mon regard. L’énigme du hors-champ demeure même si j’ai essayé d’en reculer les limites. À mesure que j’apprenais de ces femmes et de ces hommes, je prenais conscience de l’abîme qui m’en séparait. Mon regard ne pouvait être que partiel, fragmentaire, provisoire. Certains y verront l’aveu d’un échec, là où il faut entendre une acceptation du caractère contingent, inabouti, et en perpétuel travail de la connaissance de l’autre, et peut-être de soi.

Mon regard se heurtait à l’apparence lissée du conformisme statistique, à la linéarité d’une modernisation individualisante. À quoi bon entreprendre une étude confirmant ce que les équipes de recherche avaient observé bien avant moi ?
À mesure que je m’incluais dans l’expérience de l’observation, que je m’engageais dans le quotidien, mon récit s’éloignait de ce regard objectif. À travers ces pages, j’ai en partie créé la réalité que j’ai décrite. Je l’ai fait advenir plus que je ne l’ai reproduite. Cette dimension subjective met à distance d’une certaine forme de rationalité. C’est cependant à la faveur de cette proximité que mon regard, à défaut d’être objectif, s’est rapproché de la subjectivité de l’autre.
Cette maisonnée, espace de la reproduction sociale, pouvait être aussi un lieu de doute, de questionnement, d’interactions partielles. C’est sur cette dimension mouvante, instable, impalpable que finalement mon regard s’est cherché, s’est perdu et parfois s’est trouvé.
La proximité instaurée avec cette famille et le caractère restreint du champ d’analyse prêteront sans doute à critique. Mais c’est aussi ce qui en fait la qualité première. C’est à la faveur de cette implication et de mon engagement dans l’économie domestique, que j’ai accédé à certains aspects intimes du vécu en dehors de tout cadre trop prescriptif. C’est dans les entrelacs de la vie quotidienne, par-delà les écrans du discours, que j’ai accédé par moments à la subjectivité de l’autre ; à cette dimension de l’être qui établit un rapport distancié et parfois critique avec les mécanismes de la reproduction sociale.